LE ROUSSILLON

HISTORIQUE du ROUSSILLON


L'ancienne province du Roussillon, devenu depuis la révolution française le département des Pyrénées-Orientales, était composée du Roussillon, prolongé par les vallées du Vallespir (vallée du Tech) et du Conflent (vallée de la Têt), du Capcir (haute Vallée de l'Aude), de la Cerdagne (haute vallée du Ségre) et des pays du Fenouillédes (vallée de l'Agly).
Préhistoire :
Peuplé depuis le paléolithique inférieur et suivant à peu prés la même évolution que l'Europe occidentale, il recèle de nombreuses traces de ses lointains ancêtres (fouilles nombreuses -Caune de l'Arago 500 000 ans avant J C, campement magdalénien de la teulera 10 000 ans avant J C, Cova de les Bruixes (grotte des sorcières) 2 500 ans avant J C- actualisées par la découverte de l'homme de Tautavel) .
Un peuplement important s'établit à Ruscino (Château-Roussillon), antique capitale .
Antiquité :
Les Ligures visités par les Ibères occupèrent la région. Sa façade maritime méditerranéenne s'offrit aux grands navigateurs que furent les Phéniciens, qui en 600 avant J C fondèrent Port-Vénéris ( Port de Vénus actuel Port-Vendres) .
Puis deux sous tribus des Volques tectosages s'installèrent de 350 à 218 avant J C, Cérétans en Cerdagne et Sordons. Le col du Perthus, passage aisé des Pyrénées vers la péninsule ibérique, fût franchi en 218 avant J C par les armées d'Hannibal, auxquelles se rallièrent les Sordons (2éme guerre punique contre Rome) .
Les Romains implantèrent en 118 avant J C une colonie à Narbonne et, de 154 à 121, s'installèrent en Roussillon créant la via domitia (tracé de l'actuelle RN 9) .
Haut Moyen-âge :
Les invasions barbares en 406 de notre ère amenèrent Vandales, Alains, Suéves et Quades, qui ne s'implantèrent pas .
Par contre les Wisigoths installèrent en 414 un royaume (la Septimanie dont fît partie le Roussillon) . Les Wisigoths se fondirent progressivement dans la population (christianisation marquée par la création vers 570 de l'évêché d'Illibéris - Elne - et abjuration de l'arianisme en 587 par Recaréde 1er) et se maintinrent jusqu'en 719 .

 

La SEPTIMANIE
Province du
ROYAUME WISIGOTH
dont fit partie le
ROUSSILLON


Les invasions arabes se produisirent de 719 à 759 faisant du Roussillon une province sarrasine.
Dés 759 les Carolingiens repoussèrent les Arabes et Charlemagne organisa en 795 la marche d'Espagne incluant la Gotholonia (Catalogne) et le Roussillon,qui seront séparés du marquisat de Gothie (créé en 801) en 865 par Charles II le Chauve roi des Francs . Ils permirent ainsi la reconstruction des églises et des monastères et la redistribution des terres. Saint Martin de Fenollar s'orna de fresques splendides vers 844 .
Avec la féodalité débutante le Roussillon et la Cerdagne furent érigés en comtés héréditaires à partir de 915 . Puis regroupés avec d'autres territoires (Conflent,Bésalu et Pierrelatte) devinrent même duché de 981 à 991 sous l'impulsion du comte Guifred (Girart de Vienne). Perpinya (Perpignan) devint capitale du Roussillon en 1025 à la place de Ruscinola (Ruscino) .

Royaume des Francs

avec

la Féodalité débutante

dans l'ancienne

Marche Hispanique

Les constructions romanes fleurirent sur toute la Catalogne et en Roussillon où l'église de Saint Michel de Cuxa,attenante à un cloître, fût consacrée en 974, Saint Martin du Canigou s'érigea en 1009, l'église Sainte-Marie d'Arles sur Tech consacrée en 1046 se vit aussi adjoindre un cloître, la cathédrale d'Elne consacrée en 1069 attendit un cloître construit de 1125 à 1350, le prieuré de Serrabonne s'isola sur les hautes Aspres en 1151 .
Cet élan architectural ajouté à l'épanouissement culturel, qui localisa même les exploit de Girart de Vienne en Roussillon, attestèrent d'une vrai civilisation Roussillonnaise .
Les comtes de Barcelone, devenus depuis Joffre le Poilu (Wilfred le Velu) en 873 marquis de la Marche d'Espagne, assirent leur ambition en devenant comtes de Cerdagne en 1117 (Bernard-Guillaume dernier comte) et du Roussillon en 1172, lorsque le comte Guinard II (dernier comte du Roussillon) légua à sa mort le Roussillon à Alphonse II d'Aragon . Alphonse II (né à Perpignan en 1152 ) était le fils de Raimond-Bérenger IV comte de Barcelone (Principat de Catalogne) et roi d'Aragon en 1137, par son mariage avec Pétronille fille de Ramire II le Moine roi d'Aragon .
1ére domination aragonnaise (1172-1276):
Ce royaume englobant Aragon et Principat de Catalogne devint prospère et expansionniste (en Provence et Languedoc), s'appuyant sur des alliances matrimoniales et des relations commerciales avec les ports méditerranéens . Les arts, architecture (maîtres d'oeuvre toulousains) et troubadours (amour courtois), furent protégés . Le développement des villes et des libertés urbaines marqua cette période.
En 1197 l'hommage au roi de France devint formel et un régime de consulat fût instauré à Perpignan, qui reçut le droit de guerre (ma armada -main armée- que rappelle encore la rue de la main de fer ).
Pierre II le catholique fils d'Alphonse II sera tué en 1213 à Muret en défendant les Albigeois contre le roi de France. Son fils Jacques 1er d'Aragon signa avec Louis IX (Saint louis) le traité de Corbeil (1258), par lequel Louis IX renonçait au Roussillon .

Les COMTÉS

Royaume de Majorque (1276-1344) :
A la mort de Jacques 1er en 1276 le royaume fût partagé entre ses deux fils .
Pierre III d'Aragon garda l'Aragon, la Catalogne et Valencia (Valence) ; Jacques hérita des îles Baléares, de la seigneurie de Montpellier, des comtés de Cerdagne et du Roussillon et forma le Royaume de Majorque avec Perpignan pour capitale . La construction du palais des rois de Majorque se fît à cette époque .
Mais ce découpage dispersait les forces du roi Jacques 1er de majorque, qui dût accepter de devenir le vassal de son frère et d'utiliser la monnaie et les usages et coutumes de Barcelone .
De plus Jacques 1er finit par s'allier (17 août 1283) à la croisade (prêchée par le pape Martin IV, à la suite des vêpres siciliennes ) du roi de France Philippe III le Hardi contre son frère Pierre III d'Aragon . Ce dernier, qui avait aidé les siciliens révoltés (massacre de tous les français de l'île) contre Charles 1er d'Anjou,succéda sur le trône de Sicile à la maison Angevine .
Le roi de France,Philippe III le hardi, mourût .
Pierre III occupa Perpignan et Jacques 1er dût s'enfuir . Mais l'échec de la croisade et la mort de Philippe III le Hardi (en 1285 à Perpignan dans la maison Julia, qui est encore une demeure typique catalane - sise actuellement rue des fabriques Nabot), permirent aux deux frères de se réconcilier .
Sanche 1er fils de Jacques 1er de Majorque mena un règne prudent et cautionna la politique aragonnaise .
Jacques 11 neveu de Sanche 1er ne maintint pas l'équilibre et son alliance en 1340 avec les Anglais contre la France, mena la celle-ci à l'abandonner à l'hostilité de ses cousins aragonnais .
Après l'occupation des Baléares Pierre IV le cérémonieux entra dans Perpignan le 16 juillet 1344 ; Jacques II se réfugia à la cour pontificale d'Avignon , vendit à Philippe VI la seigneurie de Montpellier et mourût en 1349 en tentant de récupérer les Baléares . Son fils Jacques III, mari de la reine Jeanne de Naples échoua en 1374 dans une vaine tentative .
Céret vit en 1321 la construction du pont du diable qui enjambe le Tech . Les Tours de la Massane (au -dessus d'Argelés) et de Madeloch (au-dessus de Collioure) dateraient de 1340 .
Ces querelles n'altérèrent pas trop la population et la prospérité atteignit un sommet . Les commerçants continuèrent leurs relations avec Barcelone . L'industrie textile compta à Perpignan 1322 ateliers et les bourgs de Céret, Thuir et Elne abritèrent des fabriques d'étoffes de laine . L'influence de la France libéra les arts de la tradition romane décadente .

Royaume de MAJORQUE
(1276-1344)
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Royaume d'ARAGON

2éme domination aragonnaise:
A Pierre IV succédèrent Jean I le chasseur (1387à1395) et Martin (dernier roi de la dynastie) jusqu'en 1410 .
Durant cette période, ces rois se firent pardonner la perte de dignité de capitale pour Perpignan et continuèrent à faire prospérer le Roussillon . De cette époque datent de grands édifices perpignanais :1368 le Castillet, 1379 l'Université, 1388 le Consulat de Mer (la Loge) .
Les rois Aragonnais participant aux grands schismes d'occident, un antipape (Pierre de Luna), qui usurpa le titre de Benoit XIII, se fit reconnaître par un concile, qui se tint en 1408 en l'église de La Réal à Perpignan .
A partir de 1433, l'évêque Galcerand et les consuls activèrent la construction de la collégiale Saint Jean terminée en 1453 et qui ne deviendra cathédrale qu'en 1602 .
Sans héritier, le royaume d'Aragon échut à Ferdinand infant de Castille (compromis de Caspe), qui prit le nom de Ferdinand 1er . Son 1er fils régna de 1416 à 1458 sous le nom d'Alphonse V .
1er rattachement à la France (1463- 1493) :
Jean II d'Aragon, qui dut faire face à une révolte populaire à la suite de la mort du prince héritier don Carlos de Viane, demanda l'appui de Louis XI roi de France et lui promit (traité de Bayonne, 9 mai 1462) une forte indemnité, gagée sur les revenus des comtés (Roussillon et Cerdagne) et sur l'occupation des châteaux de Perpignan et Collioure. Louis XI, fils de Charles VII, (Charles VII, nourrissant des visées sur le Roussillon et petit fils d'un princesse aragonnaise, avait demandé, sans résultat, au roi d'Aragon le versement de la dot promise à sa grand-mère) maintenant les prétentions de son père et profitant des difficultés de Jean II, accepta . Cette alliance provoqua une révolte en Catalogne et amena Louis XI à annexer en 1463 le Roussillon et à nommer Jean de Foix lieutenant du roi (vice roi) .
De hautes charges administratives et militaires, laissées aux seigneurs locaux de la famille d'Oms, permirent une insurrection et à Jean II de réoccuper Perpignan (excepté le palais royal), le 1er février 1473 . Louis XI parvint, par ruse, diplomatie et par force armée, à réactualiser le traité de Bayonne et à réoccuper Perpignan le 10 mars 1475 . S'ensuivit une forte répression à peine tempérée par le gouverneur du Roussillon Boffille-de-Juge . Anne de Beaujeu (fille de Louis XI et régente de France pendant la minorité de son frère le futur Charles VIII) délaissa cette politique de contrainte le 16 février 1484 . Cependant le peuple resta hostile et Charles VIII, poursuivant d'autres objectifs, rendit les comtés de Roussillon et Cerdagne en 1493 à Ferdinand II d'Aragon devenu, par son mariage avec Isabelle de Castille, Ferdinand V d'Espagne roi catholique .
Domination espagnole (1493-1659) :
La Catalogne y compris le Roussillon devint une simple province espagnole, qui reçut les ordres de Madrid .
Perpignan, poste avancé dans les conflits franco-espagnols, subit des assauts incessants et, la paix revenue, les brigandages des soldats espagnols désoeuvrés . La population diminua pour ces causes et perdit son dynamisme. Charles-Quint ferma l'entrée du Roussillon au nord par la construction du château de Salses, par Ramirez en 1491 . Dès 1542 une forte immigration française se dessina malgré les expulsions de Français opérées par les espagnols . En 1629, Perpignan mobilisa sa milice contre Barcelone, à cause de différents économiques, mais la royauté espagnole tempéra cette tentative .
Ce fût une période de décadence, dans tous les domaines, pour le Roussillon .
Par haine de la centralisation espagnole, les Catalans offrirent le comté de Barcelone au roi de France, en 1640 ; la garnison espagnole capitula le 9 septembre 1642 . A noter que les actes de LouisXIII et Louis XIV portent, en plus des titres habituels, ceux de Comte du Roussillon de Barcelone et de Cerdagne.
Mais la soldatesque française s'avéra autant délinquante que l'espagnole et de nombreux nobles roussillonnais passèrent aux espagnols .
2éme rattachement à la France (depuis 1659) :
François Sagarre (ancien juge de la royale audience de Barcelone) et Mazarin (1er ministre français) réussirent à redresser cette tendance défaitiste et le traité des Pyrénées consacra le retour du Roussillon et de la moitié de la Cerdagne à la France, en 1659.
Une révolte (due à l'impôt sur le sel) des "Angelets" et "Miquelets" éclata à Saint-Laurent de Cerdans en 1663 . Commandée par Joseph de la Trinxeria elle fût réduite en 1672 .
L'administration fût réorganisée autrement que sous Louis XI . Louis XIV mit à sa tête des Catalans compromis vis à vis des Espagnols, au lieu de Roussillonnais non encore sûrs .
En 1674, un complot, fomenté à Villefranche de Conflent par Inés Llar, fût durement réprimé et les incessantes incursions espagnoles définitivement repoussées .
Le renforcement des fortifications s'effectua à Perpignan, Villefranche et Port-Vendres, par Vauban, qui construisit le fort de Bellegarde, dominant le col du Perthus, et la ville citadelle de Mont-Louis, pour protéger la Cerdagne .
La francisation devint davantage présente, en raison des résistances populaires : choix des évêques, peuplement des monastères par des religieux venus de France. La diffusion de la langue française trouva de précieux auxiliaires dans les jésuites, qui contrôlaient l'université . Mais dans le primaire le latin continua de prédominer .
En 1676 les prélats prêchèrent en français dans la cathédrale et, en 1700, les actes publics furent rédigés en français. Le redressement économique et culturel, organisé par des hommes de valeur, redonna vie à toutes les couches de la société .
Hyacinthe Rigaug devint le peintre des gloires de Versailles ; l'abbé Xaupi prononça l'oraison funèbre de Louis XIV en la cathédrale de Perpignan .
En 1787, Louis XVI ordonna la création de corps élus : assemblée provinciale, dont fût doté Perpignan, deux assemblées de district (à Perpignan et Céret) et assemblées municipales .
La révolution créa les mêmes convulsions qu'ailleurs en France.
En devenant département des Pyrénées-Orientales, le Roussillon s'agrandit de territoires jadis rattachés au comté de Bésalu : pays de Sournia et du Fenouillédes .
L'hostilité des monarchies à la République française vit revenir, le 17 avril 1793, une armée espagnole, qui attaqua en deux points à l'ouest du fort de Bellegarde : au col de Portell (au dessus de Maureillas) et à Saint-laurent de Cerdans . Après quelques revers, les troupes républicaines, galvanisées par Cassanyes, brisèrent l'élan espagnol à Peyrestortes . Une période de confusion fût stoppée par Dugommier, qui réorganisa l'armée des Pyrénées-Orientales et battit les Espagnols au Boulou, le 1er mai 1794 . Le traité de Bâle (1795) rétablit la paix mettant fin à l'état de siège en Roussillon .
Les Cent jours ramenèrent l'invasion espagnole repoussée par le duc d'Angoulême .
Après ces péripéties, le Roussillon et la Catalogne suivirent des destins différents .
Le XIX éme siècle apporta au Roussillon les mêmes convulsions politiques qu'au reste de la France . Ce siècle vit supplanter l'économie de subsistance par l'économie d'échange ; le chemin de fer atteignit Perpignan en 1858 . Le vignoble s'étendit vers la plaine, qui vit l'extension des vergers et des jardins (hortes) . Les populations, qui n'avaient plus à se réfugier dans les hautes vallées, descendirent vers la plaine ; l'exode rural s'accentua .
François Arago né à Estagel en 1786, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences et Directeur de l'Observatoire de Paris, devint, à la révolution de 1848, membre du gouvernement provisoire français et représenta l'opinion libérale .
La langue catalane était devenu un patois populaire, son renouveau balbutiant ne reviendra que lentement, grâce à des écrivains comme Albert Saisset ou Pierre Talrich, qui écrivirent phonétiquement . Par contre, le poète Verdaguer, en Catalogne espagnole, donna une valeur littéraire au catalan .
Le XX éme siècle :
Le Roussillon à bénéficié des progrès du XXéme siècle mais aussi les vicissitudes des deux guerres mondiales ; un homme a émergé du premier conflit : Joffre, vainqueur de la bataille de la Marne (Maréchal de France né à Rivesaltes en 1852 il fît une carrière militaire dans les colonies).
Dès 1936 la guerre civile d'Espagne amena de nombreux Catalans espagnols à s'établir en Roussillon ; certains célèbres depuis comme Picasso, Matisse,Juan Gris ont vu quelques unes de leurs oeuvres exposées au musée d'art moderne de Céret . Leur danse, la Sardane, largement répandue actuellement arriva avec eux .
Les artistes locaux peintres, poètes et sculpteurs n'ont pas manqué à ce siècle . Un sculpteur, Aristide Maillol à acquit une renommée mondiale et ces oeuvres ornent le jardin des tuileries à Paris, la cour de l'hôtel de ville de (La pensée) et la place de la loge (Vénus) à Perpignan .
Les traditions se maintiennent ; à Noël avec les "Tourrons" (friandises de Noël fabriquées avec du miel ou du sucre et des amandes) et avec les "rifles" (sorte de lotos) dans les cafés ; à Pâques avec les
bunyetas (sorte de beignets) . Pâques fête très marquée voit se dérouler la procession de la "sanch" avec le dévot Christ (bois sculpté datant de 1529), et les processions de Céret et d'Arles sur Tech ; la nuit du samedi au dimanche est rythmée par les "goig" (poèmes chantés).
L'économie profondément modifiée débouche sur un tourisme parfois à but trop lucratif . Les industries anciennes périclitent (travail du liège), l'agriculture peine même si la qualité des vins s'est améliorée et la pêche n'est présente qu'à Port-Vendres (Collioure n'a plus que deux ateliers de salaison d'anchois) . Les campings et les centres commerciaux ont envahi le paysage et défiguré des sites mais n'apportent pas la richesse à tous .

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15/01/1999